samedi 26 mai 2012

Hassan Mimouni, le peintre-tisserand



L’artiste-peintre Hassan Mimouni est un tisserand de la couleur et du terroir. La genèse de sa peinture prend sa source dans l'univers marocain. Il transcende son attachement parce qu'il n'a pas rompu le lien. Quand bien même serait-il un voyageur sur d'autres rives. Le pays de lumière est une eau vive à laquelle le pinceau de l'artiste vole quelques algues laineuses au gré de l'instant et de l'impression qu'il veut fixer.

Lorsqu’on rencontre l’homme, on remarque le visage sans tourments, une lueur dans le regard qui vous dit combien il aime la vie avec ce qu’elle peut donner. Et même, quand elle ne veut pas donner.


Ses mains à la gestuelle sereine révèlent, sans complètement livrer, un parcours qui a recueilli les perceptions intimes de l’être mais aussi les couleurs qu’il aura empruntées à sa terre. Il chante celle-ci car elle est son inspiratrice, sa raison d’être. Une terre qu’il aime tout simplement. Une terre qu’il tisse, avec un mélange de laine et d’acrylique, d'étoffes brochées disant l’éclat des noces de l’arganier et de l’Atlas auquel s’adossent les espérances lumineuses. Sa peinture est un carrefour d’entrecroisements où se rencontrent luxuriance, mystique du Christ et silence des invisibles. 

Pour ces derniers, pour ces êtres « oubliés », il franchit les fils de la toile de jute les retenant prisonniers.

Pourtant sa peinture n’est pas emprisonnement. Elle est brûlante comme le scintillement de ses Murs (voir tableaux colonne gauche), quasi monacale avec ses Oubliés (ci-dessus et ci-contre gauche) et elle s’ouvre aux sens en passant par le mur rouge-passion s’entremêlant à la trame violette de l’autre mur de son imaginaire.
.
Malgré la gravité de ses thèmes, Hassan Mimouni fait surgir une splendeur de la couleur et exalte ses murs de laine. Le passant respire. Il savoure la calme plénitude se révélant à son regard. La beauté est là, à l’état brut, faite de ces matières qui sont notre quotidien et dont on oublie qu’elles sont aussi nos rêves.

Hassan Mimouni ne s’interdit pas et ne nous interdit pas de rêver. Il suffit d'ouvrir les portes et de pénétrer dans le monde qui est le sien...

dimanche 29 avril 2012

Théâtre : « Les carnets du sous-sol » de Dostoïevski, une adaptation de Yacine Benyacoub (2eme partie)



Yacine Benyacoub.
Avec l'aimable prêt de l'auteur.

Reproduction interdite.
Le chemin vers le théâtre

Yacine Benyacoub est né au cœur de Bab el-Oued d’Alger, un quartier qui ne manque ni de couleur ni de chaleur, une mine d’or pour tout auteur qui recherche le vivant. Le jeune auteur et metteur en scène algérien a grandi à Annaba (jolie métropole portuaire et patrie de Saint-Augustin) au sein d’une famille où l’amour de l’art a toujours été présent.
Il se détourne des bancs du lycée avant le baccalauréat au profit de l’écriture et se met à écrire alors des nouvelles et de la poésie mais le théâtre l’interpelle lors d’une rencontre, en 2001, avec Mohamed Laïd Kabouche, lui-même comédien et metteur en scène (plus tard directeur du Théâtre régional de Guelma). Par la suite, il suivra plusieurs stages de formation théâtrale à Alger, la capitale.

Yacine Benyacoub fait ses débuts d'assistant du metteur en scène avec Les Bonnes de Jean Jeunet. Les années suivantes, il enchaîne des rôles de composition dans plusieurs pièces - Maître Puntilla et son valet Matti de Bertolt Brecht, Les Rustres de Carlo Goldoni, Montserrat d’Emmanuel Roblès...

En 2007, il se lance lui-même dans la mise en scène et, plus tard, écrit deux pièces qui seront jouées au Centre culturel français et au Théâtre régional d’Annaba. Il ne s’arrête plus et fait plusieurs adaptations pour la scène dont La pièce de Friedrich Durrenmatt, Un énergumène passe à table de John Irving. Ce travail de mise en scène, il le complète avec l’enseignement du théâtre à des enfants dans le privé.
Dans la foulée, il intègre la compagnie Vanessa Studio Théâtre présidée par Mohamed Laïd Kabouche. Il fait définitivement partie du théâtre professionnel avec, à son palmarès, un rôle dans Timthel Doc, une pièce de Med Laïd Kabouche, qui sera présentée au Festival du théâtre professionnel d’Annaba, et un autre rôle dans El Oudha, une adaptation de Broken glass d’Arthur Miller.

En 2010, Yacine Benyacoub intègre le Théâtre Régional de Guelma où il participe comme interprète à deux pièces sous la direction de Haïdar Benhassine (Prix de la meilleure mise en scène, en 2008, pour sa pièce Herostrate) : Lahadat Mesrah qui obtiendra le Prix de la meilleure scénographie au Festival national du théâtre professionnel et Matin de quiétude du dramaturge M’Hamed Benguettaf.

Cependant, après cette expérience qui couronne une fois de plus sa carrière, Yacine Benyacoub quitte le Théâtre de Guelma, une année plus tard, pour reprendre le chemin qu’il a commencé à se tracer depuis 2001 et qui, certainement comme en mai prochain, avec Le Sous-sol, apportera autant à sa passion pour le théâtre. 


... questions indiscrètes

Arabian People & Maghrebian World ferme ce second volet sur cet auteur prolifique doublé d'un comédien et metteur en scène faisant partie de cette nouvelle génération de talents algériens prometteurs : il nous dit son point de vue sur le théâtre...

Arabian People : Qu'est-ce que le théâtre algérien pour vous ?
Yacine Benyacoub : Je trouve qu'il est à l'image du pays, il y a autant de belles choses que de médiocrité. Il souffre d'une gestion catastrophique et d'un grand mépris, et le plus souvent, la vie théâtrale s'effectue à travers l’Algérie dans l'indifférence la plus totale. Malgré cela il y a beaucoup d'artistes fabuleux qui vivent leur art passionnément, envers et contre tous, et que j'admire sincèrement. 

Arabian People : et qu'est-ce que le théâtre pour vous ?
Yacine Benyacoub : Une façon d'exister, un monde où tant d'esprits, de sensibilité diverses et variées se rencontrent pour créer. Dire, penser, rêver, ressentir...se révolter, aimer, cogner...tout cela multiplié à l'infini, seulement avec un petit espace et au moins un spectateur...


Le Sous-sol, représentation, le 25 mai 2012, à l'Institut Français d'Annaba à 18h00
Adaptation à la scène et interprétation : Yacine Benyacoub
Mise en scène : Yacine Benyacoub et Khalil Kabouche
Scénographie : Yacine Benyacoub
Direction d'acteur : Khalil Kabouche
Costume : Atef Berredjem
Conception de l'affiche : Mahfoud Yacef
Institut français d'Annaba
8, boulevard du 1er Novembre 1954
Tél. : +213 (0) 38 86 45 40 / +213 (0) 38 80 22 59
Mail : contact@ccfannaba.org
Billetterie ouverte 45 mn avant la représentation

Théâtre : « Les carnets du sous-sol » de Dostoïevski, une adaptation de Yacine Benyacoub (1ere partie)




Le Sous-sol, l’adaptation des « Carnets du sous-sol » de Dostoïevski, sera jouée, le 25 mai prochain, à l’Institut français d’Annaba. Cette adaptation est signée Yacine Benyacoub, avec une co-mise en scène de l'auteur et de Khalil Kabouche.

Yacine Benyacoub a bien voulu en parler à Arabian People & Maghrebian World, via un réseau social très connu (très pratique dans les cas d’éloignement) que la Rédaction présente en deux parties.

La pièce

Yacine Benyacoub : La première fois que je l’ai lue, je devais avoir 19 ans, bien avant de découvrir le théâtre, elle m’avait déjà bouleversé. Des années plus tard, je m’aperçois en la relisant qu’elle a un intérêt théâtrale indéniable, déjà de par sa forme où les idées exposées sont presque mises en scène par l’auteur lui-même. Le lieu, ce Sous-sol obscur où tout se passe, et ce personnage : un maniaco-dépressif qui rumine depuis 20 ans, expose des idées d’une lucidité effrayante et nous oblige à nous confronter sans cesse à notre propre vérité : «Je n’ai fait autre chose dans ma vie que de pousser jusqu’au bout ce que vous autres n’osiez terminer qu’à moitié, tout en appelant sagesse votre lâcheté et en vous consolant ainsi par des mensonges. Si bien que je suis peut-être encore plus vivant que vous». 

Nous le suivrons notamment dans ces souvenirs de jeunesse où l’amour vers lequel il tend, et qui lui est accordé, lui devient insupportable. Nous avons affaire à un être paradoxal comme Dostoïevski sait si bien les peindre. Et c’est un bonheur de chaque instant que de parcourir ses mots chargé d’une vie extraordinaire.

Le sous-sol est un court roman de Dostoïevski publié en 1864 alors qu’il vient de perdre femme et frère, il a 43 ans. Dans cet état de désespoir, il écrit dans sa correspondance : «Voilà que tout d’un coup, je me suis trouvé seul ; et j’ai ressenti de la peur. C’est devenu terrible ! Ma vie est brisée en deux. D’un côté, le passé avec tout ce pour quoi j’avais vécu, de l’autre, l’inconnu sans un seul cœur pour me remplacer les deux disparus. Littéralement, il ne me restait pas de raison de vivre. Se créer de nouveaux liens, inventer une nouvelle vie ? Cette pensée seule me fait horreur.»


La complexité du personnage que Dostoïevski peint dans cette œuvre lui ressemble beaucoup, son écriture, sa pensée, son état lorsqu’il écrit. Toutes ses œuvres portent le signe de ce tourbillon mais Le sous-sol est un condensé de cette tempête intérieure, et pourtant très peu connu du public. 

Yacine Benyacoub.
Avec l'aimable prêt de l'auteur.
Reproduction interdite.

J’ai donc mis six mois à écrire cette adaptation. Je voulais en faire une pièce qui n’aurait ni début ni fin et que le public viendrait visiter comme on visite un appartement et s’en aller ensuite, sans applaudissements ni confrontation avec le comédien, simplement s’en aller et laisser ce personnage continuer à vivre… revenir un autre jour et assister à d’autres idées développées… un spectacle de huit heures environs, fragmenté en plusieurs parties espacées dans le temps sur une dizaine de jours peut-être. 


Le spectacle que nous donnerons en mai durera une heure, il sera le reflet d’une certaine idée que je me fais du
Sous-sol, pas vraiment un résumé car c’est impossible, mais une vision personnelle de cet être touchant doté d’une intelligence maladivement développée. 


Représentation, le 25 mai 2012, à l'Institut Français d'Annaba à 18h00
Adaptation à la scène et interprétation : Yacine Benyacoub
Mise en scène : Yacine Benyacoub et Khalil Kabouche
Scénographie : Yacine Benyacoub
Direction d'acteur : Khalil Kabouche
Costume : Atef Berredjem
Conception de l'affiche : Mahfoud Yacef
Institut français d'Annaba
8, boulevard du 1er Novembre 1954
Tél. : +213 (0) 38 86 45 40 / +213 (0) 38 80 22 59
E-mail : contact@ccfannaba.org
Billetterie : ouverte 45 mn avant la représentation

samedi 28 avril 2012

Le Comar d'Or 2012 décerné à Emna Belhaj Yahia, Moncef Laouhaibi et Azza Filali


Les récompenses de la 16ème édition du Prix littéraire Comar, prix créé par les Assurances Comar (Tunisie) ont été remises le 22 avril dernier.

Prix du roman en langue arabe  
- Comar d’Or : Moncef Louhaibi pour Achiket Adem (La maîtresse d’Adam)
- Prix spécial du Jury : Nasr Belhaj Bettaieb pour Inkissar Adhil (Reflet de l’ombre)
- Prix Découverte : Mehadheb Sboui pour Al-Maristan (L’asile des fous)
- Prix du premier roman : Salem Labbene pour Bouslat Sidi Anna.

Prix du roman en langue française

- Comar d’or : Emna Belhaj Yahia pour Jeux de rubans et Azza Filali pour Ouatann
- Prix spécial du Jury : Rafik Ben Salah pour Les caves du ministère
- Prix Découverte : Mohamed Dallagi pour La prostituée de Babylone
- Prix du premier roman : Med Ridha Ben Hamouda pour  Zitoyen.

Beau parterre d’auteurs tunisiens. Le seul regret que l’on puisse avoir, c’est que le Comar d’Or ne soit pas ouvert aux pays limitrophes. Cependant, l’on peut comprendre que ce prix a pour priorité de promouvoir la littérature tunisienne, ce qui est un bienfait d’ailleurs... et un roman comme Jeux de rubans d’Emna Belhaj Yahia mérite amplement cette récompense (voir notre article paru le 3 mars dernier).


mercredi 18 avril 2012

Jamila Abitar à la fenêtre de ses racines



A Marrakech, derrière la Koutoubia. Ouvrons le recueil ... l’ennui se dissolve, disparaissant « derrière la Koutoubia » de Jamila Abitar. En vain, cherchera-t-on la strophe qui dissipera la plongée dans les mots, en profondeur, se perdant dans « la voix du sable » et la « terre rouge » oubliée. Au fil des lignes, chaque détour nous fait revenir sur la pensée dite auparavant. L’enchantement bu au long des émotions de l’exil ou de la nuit souvenue se brise sur ce vers :

« Mes racines suspendues au crépuscule »

fait éclater, défragmenter les pleurs comme autant de résonances d’une âme sondant le ciel de Marrakech, la ville où l’on « pleure l’hirondelle qui ne sait où aller ».

Chaque virgule devient mot et chaque mot devient voyage. Chacun se pose, comme évanescent, comme un écho, mais qui ne peut se perdre ni s’oublier. La poétesse demeure transie d’affliction mais elle est toute aussi brûlante dans sa recherche à « donner corps à (son) existence » parce que

« La mort que j’ai vue me rend transparente ».

Jamila Abitar a mûri depuis son premier recueil Aube sous les dunes car, ici, dans ce recueil dédié à Marrakech, elle a appris « à faire de soi/ les autres » et livre une réflexion d’une qualité purifiée, d'une beauté dépouillée:

« Mesurer la parole jusqu’au revers de la plume
et raturer les lignes bavardes de legs sanglant. »

L’absence semble, là, écrite avec des mots fluctuant entre le rêve éveillé et la réalité songeuse. L’absence n’est pas un simple passage, déterminé par quelques lignes mais une émotion, un questionnement, une quête, dans le silence, d’un chemin connu, imprimé dans la rétine : la ville rouge-sable étend son ombre comme un frisson marquant la mémoire, tel un tatouage indélébile, faisant de la poétesse à jamais sienne car Jamila Abitar, au-delà de la Méditerranée, lui appartient toujours...

A Marrakech, derrière la Koutoubia » de Jamila Abitar
Editions Alfabarre